lundi 14 février 2011

Écritures éphémères



Bien souvent, une écriture conçue pour être circonscrite dans le temps pourra acquérir une dimension sentimentale qui lui vaudra qu'on veuille la conserver : un billet de remerciement, une carte de souhait, une carte postale...

La plupart du temps toutefois, l'écriture est éphémère... des notes de travail, une annonce sur un babillard, un échange de numéro de téléphone... On ne conserve pas ces écritures. On jettera à la poubelle la première ébauche d'un rapport ou celle d'un compte-rendu d'une réunion, une liste d'épicerie ou de choses à faire... On effacera au cours de la journée même le menu du jour dans un restaurant...



La plupart du temps d'ailleurs, les outils dont on se sert pour ce genre d'écriture... crayon, craie, même les stylos-bille, sont aussi éphémères que les traces qu'ils ont laissées sur un support matériel. Les utiliser revient à les détruire. Pourtant, ils sont omniprésents dans nos vies.



A shorter English version of this text can be found on Rhodia Drive.

samedi 29 janvier 2011

Éphémérides



Je constate qu'il y eut une conférence sur la philosophie de Platon. 

Une gaine de papier-collant enserre une partie de l'affiche sur le poteau de téléphone. Le papier déchiré révèle à l'observateur attentif la dure réalité des marques du temps.

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L'humain abat des arbres, les déforme, les transforme, les informe... il les taille pour en faire des poteaux de téléphone, et il les replante dans le sol, tels de grands crochets, pour tisser des réseaux de fils de métal. Il y stimule des électrons, qui se relaient pour porter des messages éphémères, se codant, décodant, se codant à nouveau, se répondant, se croisant, s'entremêlant, se composant et tournant en rond dans une tour de babel...

L'humain abat aussi ces arbres et les déchiquette pour en faire du papier, sur lequel il imprime des informations, des conversations, des messages, des annonces de vente de garage, de cours de danse, des mots d'amour, des réflexions...



L'humain arrache des tonnes de métal du sous-sol, qu'il raffine, fond, tord, recompose, moule en formes de clous ou d'agrafes ... Il plastifie et enrubanne le pétrole qu'il suce des profondeurs de la terre ...

Les éléments subissent les ravages du temps, se décomposent, lentement...

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La pensée immatérielle, idéaliste, tout en étant matérialisée par les écritures, transposée et entreposée dans les cavernes oubliées de bibliothèques tapissées de volumes de parchemins défiant le temps, traverse les âges miraculeusement...

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En passant le temps, auriez-vous perdu un code?

mercredi 12 janvier 2011

Méditation sur le temps qui passe...

Il y a 23 ans, j'amorçais une nouvelle étape de ma carrière. J'avais obtenu un nouvel emploi qui m'obligeait à rehausser mes compétences en rédaction de textes dans ma deuxième langue, l'anglais. Je m'étais donc inscrit à un cours du soir, Essay Writing, à l'université. 

« On the Eve of Turning Forty », et mon journal d'aujourd'hui...

Le 11 janvier 1988, à la veille de mon quarantième anniversaire, j'ai donc commencé à rédiger un journal en anglais. Quatre mois plus tard, je remettais un « essai » d'une dizaine de pages pour répondre aux exigences de ce cours. Ce texte s'intitulait « On the Eve of Turning Forty ». C'était le bilan d'un homme, encore jeune, qui avait vécu le Flower Power une vingtaine d'années plus tôt, qui avait participé activement aux mouvements sociaux et politiques de son époque... et qui prenait acte de l'embourgeoisement de sa génération, celle qui avait contesté non seulement les guerres impériales et la course aux armements nucléaires, mais qui avaient aussi remis en question le matérialisme ambiant de notre société.
We had questionned the unrestrained materialism of our parents' generation. We had somehow sensed that such wanton consumerism was wasteful and on the long-term ruinous. It took more than a decade before energy conservation became the norm, at least in principle...
... et ainsi de suite. Quelques lignes plus loin, je reconnaissais que le « mouvement » avait ralenti, qu'il s'était essoufflé. J'affirmais que je croyais que l'esprit de ce mouvement demeurait latent, prêt à ressurgir au moment opportun. Je continue de le croire aujourd'hui.

Je relis ces lignes et je constate que je ne me faisais pourtant pas complètement d'illusion.
Time has taught me that we may not yet be any wiser than our precedessors in managing our world, or any part of it.
Vingt-trois ans plus tard, je prends le temps de méditer sur le temps qui passe. 

***

Ma génération n'a pas mieux fait que la précédente. Je serais mal placé pour lancer la première pierre de blâme à qui que ce soit. Nous faisons tous partie du troupeau qui se lance aveuglément devant la falaise, prêts à se lancer dans le vide... Nous sommes en crise certes. Mais ce n'est pas uniquement une crise économique : c'est toujours, comme ce l'était dans le passé, une crise de valeurs... de valeurs morales, comme si on avait oublié que l'économie est une science sociale, une science qui comporte des dimensions morales, qui ne se mesurent pas avec des équations.

Mais trêve de mauvaise conscience, et de nostalgie... Malgré l'actualité, malgré les indices du contraire, je me refuse d'accepter que le pire est encore à venir. Mais là, j'ai bien peur de me faire des illusions.

***

Je m'interroge sur le temps qui file...

Aujourd'hui je marque le temps qui passe ...
Il y a trois ans, au moment de célébrer mes 60 ans, j'ai recommencé à  rédiger mon journal, à la main, sur une base plus régulière et constante. 

Ce fut là le début d'une aventure. Je ne pouvais pas soupçonner que cette démarche allait m'entraîner sur des sentiers fascinants : ceux de la découverte des dimensions matérielles de l'écriture depuis son invention il y 51 siècles à Sumer.

J'ai conservé une copie papier du texte que je décris ci-haut. Cette semaine, lorsque j'ai relu cet essai sur la quarantaine, j'ai constaté que le texte est imprimé sur du papier. L'encre a pâli. Le papier a jauni. Le texte repose sur une matière fragile. 

Étant donné l'époque, j'ai probablement rédigé un plan au crayon, ainsi que des premiers jets, au crayon aussi, avant de le composer à l'aide d'un ordinateur. Ce n'est qu'au cours de la décennie suivante que je commencerais à rédiger des textes directement à l'ordinateur, sans passer par une étape manuscrite au préalable. Mais je ne sais pas si j'ai conservé ces ébauches manuscrites. Il faudrait que je retrouve le dossier que j'avais constitué pour la rédaction de cet essai. 

Je ne me souviens pas non plus d'en avoir conservé la version électronique. Je sais toutefois que, même si je l'avais conservée, ce ne serait pas facile de décoder cette version électronique afin de réimprimer le texte. Le disque sur lequel ce texte fut enregistré est considéré comme étant une technologie périmée. Depuis cette époque, on a changé plusieurs fois les instruments, les supports et les techniques d'enregistrement. Il serait possible aujourd'hui de recoder ce texte à l'aide d'un instrument qui « lit » un texte imprimé. Mais, contrairement au manuscrit ou à l'imprimé, il me faut un instrument pour décoder ma propre écriture sur un support de nature électronique. L'avènement de ces nouveaux systèmes techniques transforment notre rapport à l'écriture.

Si vous lisez ces lignes, c'est parce que vous êtes, comme moi, connecté au vaste réseau de l'Internet. En 1988, ce réseau, tel que nous le connaissons aujourd'hui, n'existait pas. Il y avait certes un réseau. Il était réservé à un nombre limité d'universitaires et de militaires. Ce réseau n'était pas encore accessible à l'ensemble du monde. Le texte que vous lisez a été rédigé à l'aide d'un ordinateur, par l'intermédiaire de ce réseau universel. Il ne sera pas sauvegardé sur mon propre système domestique. Il est codé, quelque part je ne sais où, dans un gigantesque entrepôt, dans un dédale électronique qui ne laisse pas de trace visiblement tangible. Si je ne l'imprime pas, je n'en aurai pas d'autre copie. Cela m'inquiète, me fait prendre conscience de ma fragilité, de la fragilité de mon univers.

***

Ce n'est pas pour satisfaire des élans de nostalgie que j'écris ces lignes. C'est pour marquer le passage du temps. Je m'interroge sur la lecture de mon époque : comment interpréter cette évolution du monde et de ses civilisations? Et notamment, entre autres, parmi les multiples manifestations de ma et de nos civilisaitions, je m'interroge sur l'évolution de l'écriture. 

L'écriture marque nos vies. 

Écrire est un acte physique. L'écriture forme notre cerveau. 

Apprendre à écrire n'a jamais été facile, pour qui que ce soit, et à quelque époque que ce soit. C'est l'un des apprentissages les plus longs et difficiles qui soient. Apprendre à écrire constitue un des passages que nous franchissons au cours de la vie, un des premiers qui nous font passer du monde de l'enfance à celui des adultes. 

C'est ainsi aussi un acte social. Elle informe nos civilisations. L'écriture évolue donc en symbiose avec nos civilisations.

Autrefois, l'écriture matérialisait le langage et nos pensées; elle les codait. Aujourd'hui, la télématique code l'écriture. C'est un des systèmes techniques qui uniformisent le monde contemporain. L'ensemble de ces codes constitue peut-être la base d'une nouvelle civilisation, la première civilisation mondiale, celle de l'avenir...

mercredi 22 décembre 2010

Le plaisir d'écrire à la main

Rien n'est plus léger que de tenir une plume, ni plus heureux; les autres plaisirs sont éphémères, et leurs ravissements nocifs. La plume apporte la joie quand on la prend en main, et la satisfaction quand on la pose.
Pétrarque
Mes plus lointains souvenirs sont liés à l'écriture. J'ai toujours aimé écrire, tout comme j'ai toujours aimé lire. Néanmoins, le plus lointain souvenir que je puisse rappeler à la surface de la conscience est vague, imprécis : tracer des suites infinies de lettres sur des lignes dans un cahier ligné d'écolier, avec une plume qu'on trempait dans l'encre. De grandes grosses lettres... aussi belles et parfaites que le bras et la main d'un enfant pouvait le faire. Bien entendu, on tachait la page blanche du cahier de pratique et on se tachait les mains d'encre... Il fallait bien casser les œufs pour faire une omelette, n'est-ce pas?

Il y a une quarantaine de mois, j'avais visité une exposition spéciale dans un des musées de ma région. De passage, par curiosité, dans la boutique du musée, j'ai remarqué qu'on y vendait des ensembles de plumes métalliques et de portes-plume, ainsi que des encres et des carnets. Les souvenirs d'enfance ont refait surface, ont surgi des replis de ma mémoire : j'ai eu plaisir à apprendre à tracer mes premières lettres, à m'appliquer à leur donner forme, à les assembler, à former mes premiers mots. J'ai acheté un de ces ensembles, en me promettant de me consacrer à la calligraphie lorsque viendrait la retraite, lorsque je disposerais de plus de temps à perdre.

Reconstitution personnelle de vieux souvenirs d'une enfance ressuscitée...
pupitre d'écolier, encrier, encre, plumes, porte-plume, papier buvard, coffre à crayons...

Quelques mois plus tard, il y a trois ans, je recevais un ensemble de stylo-plume et de stylo à bille roulante en cadeau. Ce fut l'étincelle qui raviva une passion qui était demeurée latente pendant des années. J'ai fouillé dans mes tiroirs. J'ai réanimé ma vieille plume. Celle qu'on m'a donnée en cadeau lorsque j'ai amorcé le deuxième cycle de mes études. J'avais douze ans. Je la surnomme ma collégienne.
À la même occasion, à l'aube de mes soixante ans, donc, j'ai résolu de prendre le temps de le perdre... à écrire... Pendant des années, j'ai pratiqué le métier de scribe, au service d'organisations plus ou moins grandes. Désormais, je prendrais le temps d'écrire pour me faire plaisir... pour mettre de l'ordre dans mes ruminations... J'aurais pu le faire en me servant d'un ordinateur. J'ai choisi de le faire manuellement. Ce fut là une prise de conscience. J'ai constaté que j'écrivais mal, que j'avais de la difficulté à écrire lisiblement, moi qui m'enorgueillissait déjà, il y a longtemps, d'avoir une belle main d'écriture. 


Ma collégienne, qui m'accompagne depuis un demi-siècle...
J'avais négligé mon écriture. Comme tous ceux dont c'est le métier d'écrire, j'ai adopté l'ordinateur dès le début. Deux décennies et plus ont passé. Je n'utilisais plus le crayon, le stylo ou la plume que pour prendre des notes, griffonner des ébauches, dresser des listes ... Avec le temps, j'étais devenu très habile à manipuler le clavier et la souris. On avait l'impression que nos doigts suivent plus facilement le rythme de la pensée. La réalité, c'est qu'on appréciait la facilité avec laquelle on pouvait composer. L'ordinateur augmentait le plaisir d'écrire. Alors, pourquoi vouloir revenir en arrière, reprendre la pratique de l'écriture manuelle.

Au point de départ, je n'avais pas l'impression de faire marche arrière. Je voulais tout simplement renouer avec le plaisir d'écrire à la main.

Je me suis donc procuré quelques livres sur la calligraphie. À vouloir soigner mon écriture, j'ai vite compris qu'il me fallait ralentir, que je ne pouvais écrire aussi « vite » à la main que je le faisais à l'ordinateur, que je devais réapprendre à prendre le temps. J'ai constaté qu'il me fallait réapprendre à tracer mes lettres. C'est difficile d'apprendre à écrire; c'est du travail, un travail minutieux; on l'oublie avec le temps. Avec la pratique, des heures de pratique, le geste d'écrire devient plus aisé; je le maîtrise aujourd'hui beaucoup mieux.

Je voulais tout simplement renouer avec le plaisir d'écrire à la main.

mercredi 15 décembre 2010

Voyager en auto-caravane

Septembre et octobre 2010

Comment s'y prend-on pour parcourir 3 000 kilomètres pendant six semaines, sans changer de chambre à tout bout de champ, sans avoir à refaire ses valises à tous les deux ou trois jours, ou même à chaque semaine, et en ne mangeant dans les restaurant qu'environ une fois sur trois en moyenne?

Pour nous, le camping est une manière de voyager. Ce n'est pas une activité en soi. Nous savions depuis longtemps que se déplacer en auto-caravane offre de nombreux avantages pour effectuer un long parcours sur une longue durée. L'avantage le plus important, à notre avis, c'est celui de se sentir chez-soi pendant qu'on se déplace. 

L'impression de se sentir chez-soi...

Certaines personnes, lorsqu'elles voyagent, préfèrent se faire servir tous leurs repas et ne pas s'occuper de l'entretien de leur chambre d'hôtel. D'autres se lassent rapidement de ce régime et, bien qu'ils aiment découvrir de nouveaux pays, s'ennuient de leur chez-soi. Un couple de Québécois que nous avons croisés lors de notre visite de la Cathédrale Sagrada Familia à Barcelone, nous ont confié que l'aspect qui les dérangeait le plus de leur voyage était celui de ne pas dormir dans leur lit à tous les soirs.
 

Un point d'ancrage...
Une auto-caravane est l'équivalent d'un petit appartement mobile. Ce n'est pas beaucoup moins spacieux qu'une chambre d'hôtel. 

Dès le premier jour où nous en avons pris possession, nous avons vidé nos valises et nous avons rangé nos effets dans les tiroirs, les armoires et la pharmacie. Le modèle d'auto-caravane que nous avons loué ne manquait pas d'espace de rangement, tout au contraire. Même le réfrigérateur était plus volumineux que nous l'avions prévu. L'espace habitable, par contre, était restreint mais confortable. 

Premier matin en camping en France, à Lyon



Le premier jour, nous avons aussi commencé à nous équiper : les éléments de base pour faire la cuisine et les produits d'entretien tels que du savon et des éponges, ainsi que des boîtes de papier-mouchoir, des serviettes de papier, une rallonge électrique, etc. À la même occasion, nous avons fait nos premières provisions : fruits, légumes, viandes froides, huile, pain, oeufs... Nous avons été chanceux : il y avait un centre Auchan, un hypermarché, à distance de marche du premier camping où nous nous sommes installés. On y a trouvé tout ce dont nous avions besoin pour amorcer notre exploration du sud de la France. Ce fut une activité qui nous a permis de mieux connaître la France et les Français, telle qu'on ne l'aurait pas connue si on avait choisi un autre mode d'hébergement et de déplacement.


Préparer son propre repas accentue cette impression de vivre chez-soi en voyage.
On achète le poisson le jour même... les légumes sont frais...

Cette impression d'être chez-soi se renouvelle à tous les jours, dès le matin en se levant, jusqu'en soirée, et surtout au moment des repas. 

Nous avons souvent mangé dans l'auto-caravane : pas seulement le matin et bien souvent le soir, mais aussi à l'heure du midi, dans des haltes routières, ou sur le bord de route, lorsque l'occasion s'y prêtait et que c'était sécuritaire. 
 

S'approvisionner... 
Il faut reconnaître que c'est très agréable de faire son marché en France et en Catalogne. Du pain frais à tous les jours, du fromage et du vin de chacun des « pays » que nous avons visités, des fruits et légumes frais, et les produits locaux de toute nature. On trouve un grand choix de produits, autant dans les marchés publics que dans les boulangeries, les boucheries, et autres marchés d'alimentation -- superettes, supermarchés, hypermarchés... 

Place du Marché - Marseillan Plage
À distance de marche du camping
Ce n'est qu'au camping Tres Estrellas, en banlieue sud de Barcelone, qu'on a trouvé sur le terrain de camping-même, presque tout le nécessaire dont on peut avoir besoin en camping. Même en fin de saison, les étalages du petit magasin y étaient remplis de toutes sortes de produits : des produits congelés aux plats cuisinés et aux aliments frais, ainsi que des conserves, des outils, des ballons, et des parasols pour la plage.

Partout ailleurs, il fallait sortir du terrain de camping pour s'approvisionner. Dans les régions rurales et dans les petites communes, comme à Ambert en Auvergne ou à Marseillan-Plage au Languedoc, il y a les marchés hebdomadaires. Des producteurs locaux nous présentent eux-mêmes leurs produits. C'est un réel plaisir de s'entretenir avec ces producteurs de leurs produits : la différence entre tel et tel miel ou fromage, quelles sont leurs recettes... La relation avec le marchand devient personnelle.

Chaque jeudi matin au marché public d'Ambert, en Auvergne, on offre
un grand choix de produits frais : pain, fromages, saucisson, vin...

Partout où nous avons fait nos emplettes, nous avons parlé, souvent même dans les grandes surfaces. 

Le matin, à Figeac dans le Lot, en se rendant au Musée des écritures du monde, nous nous sommes arrêtés dans une boulangerie pour nous informer des heures d'ouverture. Nous voulions nous assurer que nous pourrions y acheter du pain en fin de journée, en retournant au camping. La boulangère a non seulement répondu à notre question, elle nous a aussi suggéré un restaurant tout près du musée pour le repas du midi - elle en connaissait la propriétaire. Nous y sommes revenus en fin d'après-midi. Elle ne nous a pas seulement vendu du pain, des croissants et des pâtisseries, elle s'est aussi informée d'où nous venions, ce que nous faisions dans la vie, comment on avait trouvé le restaurant, la ville, le musée, ... À un moment donné, je me suis rendu compte qu'elle nous faisait parler, et qu'elle prenait autant plaisir à écouter notre accent que nous en avions à écouter son accent du Midi...




C'est pour le plaisir de l'expérience d'y vaquer que nous nous sommes promenés
dans les allées bondées du grand marché central de La Boqueria,
en plein centre de Barcelone. Nous y avons fait une petite épicerie
de légumes et de fruits frais que nous avons ramenés en autobus
jusqu'au camping à la fin d'une journée de tourisme.

Les sites de camping
Étant donné la saison, il y avait peu d'affluence dans les terrains de camping. Il est vrai que les Européens pratiquent beaucoup plus l'autonomie en camping que nous le faisons en Amérique du Nord, ce qui enlève de la clientèle aux établissements de camping. Nous n'avons pas eu besoin de réserver nulle part. Par contre, il faut tenir compte des heures d'ouverture. Plusieurs établissements ferment tôt. On peut s'installer pendant la soirée et s'enregistrer le lendemain matin. Il est bon d'arriver tôt aux établissements situés dans ou près des grandes villes, pour choisir un site agréable.


Les installations sont sécuritaires et elles sont généralement bien entretenues. Sauf de rares exceptions, nous avions accès à l'Internet, généralement dans un périmètre rapproché de l'accueil. Parfois c'était gratuit.

Partout, nous avons choisi des sites de camping en fonction de l'accès qu'ils nous offraient aux endroits que nous voulions visiter. Dans le cas des grandes villes, Lyon, Bordeaux, Toulouse, Barcelone, Avignon, nous avions accès au réseau de transport en commun. Dans les autres endroits, tel qu'à Ambert, Figeac, Sarlat, on pouvait se rendre à pied aux lieux que nous voulions visiter. Les seules régions où nous avons éprouvé des difficultés d'accès sont cellec du Languedoc et de la Provence. Nous avions prévu nous installer dans un endroit relativement central, d'où nous pourrions essaimer. Marseillan-Plage nous était apparu comme étant idéal pour visiter Sète, Nîmes, Montpellier... L'accès aux stationnements y est très difficile pour les camping-car. Nous avons été chanceux de trouver une place à Sète. Pour visiter Marseille, nous avons pris le train régional pour faire un aller-retour à partir d'Avignon.


Au tout début du voyage, dans les montagnes de l'Auvergne, les nuits ont été froides. Ailleurs, la température fut très agréable.


Les routes
L'auto-caravane que nous avons louée était un peu plus grande que celle que nous possédons. Nous avons donc dû nous habituer à la manœuvrer, surtout sur le réseau routier français. Les chauffeurs nord-américains qui sont habitués à conduire des véhicules plus gros, tels que des camions ou des autobus, trouveront que les rues sont étroites. La conduite est manuelle. Il n'est pas toujours facile de s'orienter, même avec les cartes les plus précises et détaillées; mais le caravanier le plus expérimenté doit composer avec cette réalité partout, même dans son propre pays ou sa propre région. Il faut s'habituer à la signalisation. On apprend graduellement, avec l'expérience à se fondre dans la circulation.


À plusieurs occasions, je me suis arrêté au cours de la journée pour me reposer... voire, faire la sieste, sur le bord de route. C'est un avantage dans une auto-caravane, de pouvoir s'allonger sur un lit. Il y a des haltes-routières dans la plupart des régions. À certains endroits, on y trouve de beaux panoramas. Certaines autoroutes sont payantes. Le long des celles-ci, certaines haltes offrent un minimum de services - essence, sanitaires, table de pique-nique. Ailleurs, on y trouve non seulement des services de restauration, mais aussi un hôtel et des boutiques qui mettent en valeur les produits de la région.


Halte routière de la Haute-Garonne, sur l'autoroute Entre-deux-mers,
à l'est de Toulouse, en direction de Carcassonne :
on y trouve un centre d'interprétation sur le Canal du Midi et
on peut y faire une randonnée en bateau.

Six semaines en voyage, c'est long. Mais nous croyons que de le faire en auto-caravane a été beaucoup moins épuisant que si nous l'avions fait en automobile ou par train. Nous avons pu visiter des régions rurales tout autant que des villes. Cette expérience de camping nous a aussi servi d'apprentissage pour les voyages de longue durée que nous avons l'intention de faire dans les années à venir.

samedi 4 décembre 2010

Dernière journée à Lyon -- visite de la Croix Rousse en matinée...

Mercredi 13 octobre, Lyon : un retour aux sources des mouvements ouvriers modernes en Occident

C'était notre dernière journée complète en France. Rappelons qu'il y avait grève générale ce jour-là en France.

Nous décidons de visiter le quartier de la Croix Rousse en matinée. Une visite opportune en quelque sorte, étant donné le climat social en France. 

Ils s'y connaissent en France, et spécialement à Lyon, mais aussi dans d'autres villes françaises, en matière de résistance aux pouvoirs établis. L'histoire sociale de la Croix Rousse, « la colline qui travaille », et de l'industrie du tissage de la soie en particulier en témoigne.

La Croix Rousse, vue de la rive droite du Rhône...
toute une colline à monter.

Nous remontons donc la colline de la Croix Rousse jusqu'à la Maison des Canuts. On y trouve un musée et une boutique. Des visites guidées permettent au visiteur de s'introduire à l'histoire de la fabrication de la soie à Lyon, de voir le fonctionnement des métiers à tisser Jacquard, et de mieux connaître l'histoire du quartier de la Croix Rousse et de ses habitants.  

*****

C'est une histoire à connaître et qui, lorsqu'on la connait, nous permet de mieux comprendre le présent. Le courant de l'histoire n'est pas uniforme. Parfois, il ralentit. Parfois même, il peut changer d'orientation. Il peut même régresser. Mais ça, c'est un tout autre sujet.

La fabrication de la soie était devenue, à la fin du 18e siècle, un véritable processus industriel. Plusieurs gens de métier y participaient, avec chacun son rôle dans une série d'interventions, une forme de chaîne industrielle. Il y a ceux qui fabriquaient le fil de soie, un processus en soi, ceux qui dessinent les motifs des tissus et ceux qui en programment l'exécution sur le métier en traduisant les dessins sur des cartes perforées... et ainsi de suite.


Le métier à tisser Jacquart, photos ci-dessus, est une innovation importante par rapport aux métiers antérieurs. Il permettait à un seul tisserand de le manipuler. Il combinait plusieurs techniques qui existaient antérieurement, dont celle de la carte perforée. 

Cartes perforées qui programment le métier pour l'exécution des motifs sur le tissu.
Il suffirait d'y conjuguer, progressivement, le long des décennies, sur deux siècles
la technologie de la machine à vapeur, à celles de l'électricité et plus tard, de l'informatique...




 














La visite terminée... un passage à la boutique, où on peut passer autant de temps que nécessaire à examiner un échantillon des meilleures productions des artisans de la Croix Rousse... puis, nous sommes retournés sur nos pas, afin d'amorcer la descente vers la presqu'ile de Lyon... Il est déjà midi. Nous nous arrêtons à la Brasserie des écoles, au 27 de la Place de la Croix Rousse. Bien entendu, nous ne vous la recommanderions pas si nous n'avions pas trouvé un repas et une ambiance très agréable. 



Pour redescendre vers le centre de Lyon, via la Place des Terreaux, nous avons traversé le réseau des Traboules... les passages qui traversaient les immeubles situées sur la pente de la Croix Rousse et qui constituaient des raccourcis pour les ouvriers qui la grimpaient pour se rendre à leur atelier.

samedi 6 novembre 2010

Digérer le voyage, le refaire et le raconter

Gatineau, le 6 novembre

Il y a un mois, lorsque j'ai affiché ma dernière rubrique dans ce carnet électronique, nous amorcions la dernière étape de notre voyage à travers le sud de la France.

Le mouvement social de protestation contre la réforme du régime de retraite prenait de l'ampleur et on avait annoncé la tenue de journées de grève pour la semaine qui suivrait. On avait de surplus évoqué la possibilité que les journées de grève se prolongent sur plusieurs jours, notamment, dans le secteur des transports. Nous ne savions pas comment nous réussirions à revenir de Lyon à Genève, pour la dernière étape de ce voyage. Finalement, nous avons éprouvé plus d'inquiétude que d'inconvénients, puisque nous avons pris le train régional qui assure la liaison entre Lyon et Genève, au jour et à l'heure où on l'avait prévu dans notre itinéraire original.

Le voyage continue

Tel que le philosophe Michel Onfray le souligne si bien dans sa méditation sur l'art de voyager, Théorie du voyage*, le voyage ne se termine pas au moment où on retourne dans sa région ou son pays, ni au moment où on ouvre la porte de notre domicile, qu'on ouvre les portes et fenêtres pour aérer une maison fermée depuis six semaines et qu'on reprend possession de ses biens... On gagne beaucoup à digérer les voyages que l'on fait.

Auparavant toutefois, il faut se réajuster de nouveau au décalage horaire; pendant quelques jours, on a tendance à se lever tôt, avant la fin de la nuit; notre estomac doit s'habituer et reprendre un nouveau rythme... Il faut vider les valises, faire la lessive, inventorier les acquisitions, les cadeaux, ranger... Il faut trier le courrier qui s'est accumulé, s'occuper des factures... Reprendre la routine.

On peut digérer le voyage lui-même en le racontant à ses amis, sa parenté, les réseaux de ses connaissances...

Pour ma part, je le fais surtout en relisant mes notes de voyage; en écrivant d'autres notes pour compléter celles que j'avais prises pendant le voyage; en examinant les photos que j'ai prises, les trier et les classer, en éliminer plusieurs, traiter celles qui représentent un certain intérêt.

Le voyage se poursuit...


Il y a aussi les lectures

Contrairement à mon habitude, j'ai peu lu pendant ce dernier voyage. J'avais apporté avec moi l'ouvrage de Michel Onfray, cité ci-haut. C'est à mon retour que je l'ai lu, avec beaucoup de plaisir. Je compte bien m'y référer de temps à autres dans des rubriques à venir.

À la toute fin de notre voyage, en passant quelques minutes à la Librairie Gilbert Joseph à Lyon pour fureter les nouveautés et poursuivre mon exploration des papeteries en France, j'ai trouvé le livre suivant : Voyage dans le midi de la France, de Stendhal **. L'auteur des romans que plusieurs d'entre nous ont lus et étudiés au niveau collégial (Le Rouge et le noir, La Chartreuse de Parme), qui fut l'un des premiers à utiliser le terme « touriste », fit un voyage dans le sud de la France au printemps et au début de l'été 1838.

Je savais que ce journal de voyage avait été publié dans le passé; mais je ne l'avais pas trouvé dans les librairies et les bibliothèques publiques avant mon départ au début de septembre. Je suis en train de le lire présentement. Cette lecture suscite chez moi bien des réflexions. J'aurais aimé l'avoir lu avant notre départ, au cours de l'été. Peut-être aurais-je modifié notre itinéraire afin de suivre certains des pas de Stendhal. Cela aurait été une expérience intéressante. Mais pas nécessairement pour tenter de retrouver le passé... Plutôt pour en mesurer le passage, y prendre plaisir.

Michel Onfray en parle dans son essai sur l'art de voyager. Il souligne que s'il y a un intérêt à lire et à marcher dans les pas des Hérodote, Marco Polo, Robert Louis Stevenson, Jacques Lacarrière, Nicholas Bouvier et autres grands voyageurs du passé (plus ou moins récent), il faut bien reconnaître qu'on ne redécouvrira jamais les mondes qu'ils ont décrits. Il faut vivre ses propres voyages. Il ne sert à rien de déplorer le passage du temps. L'âge d'or est une théorie de l'esprit. Les découvreurs du passé ont découvert ce qu'ils ont vu, ce qui existait à leur époque. Tout comme nous pouvons encore le faire aujourd'hui.
Le temps passe, les civilisations bougent, elles naissent, croissent, meurent, connaissent un point d'acmé, entament une descente, chutent puis disparaissent, elles se trouvent remplacer par d'autres, plus vivaces, plus actives, plus fortes, mieux adaptées. Quel ridicule de vouloir figer un lieu temporellement visible dans une éternité inexistante...

Seuls les fantasmes président au désir d'une histoire arrêtée et indépendante des conditions d'exercice du temps réel...
(page 70)
Un couple français que nous avons croisé à Barcelone nous a dit qu'ils avaient parfois l'impression que la France était en train de se transformer en un gigantesque musée. En sous-entendu, je devinais une certaine exaspération, à peine suggérée, à l'égard d'une certaine attitude qui tend à vouloir tout préserver du passé.

Ce dont je prends conscience en lisant ce journal de voyage, c'est la valeur documentaire d'un tel ouvrage. Stendhal décrit un monde qui n'existe plus. Il compare, entre autres, les villes françaises les unes aux autres. Or même les Parisiens ne pourraient reconnaître le Paris que Stendhal décrit. C'était avant la grande rénovation urbaine conçue par Haussman, et que nous pouvons admirer aujourd'hui.

Les villes et les lieux qu'il décrit ont changé, ainsi que les modes de transport. Et c'est tant mieux. Bien qu'on puisse avoir plaisir à visiter des grottes vieilles de plusieurs dizaines de milliers d'années dans la Dordogne et le Périgord, les sites gallo-romains, les châteaux médiévaux, les églises de toutes les époques, nous voulons bien conserver aussi l'acquis des avantages de la modernité : l'eau courante, l'électricité, les réseaux routiers, ... Même le vin que nous buvons aujourd'hui est meilleur que le meilleur vin que l'ancien maire de Bordeaux, Michel de Montaigne, aurait pu déguster. Il faut donc bien s'accommoder des signes de la civilisation moderne, les lignes de haute tension, les centrales nucléaires, et les zones industrielles qui polluent les paysages...

Beaucoup d'eau a coulé dans la Garonne depuis que Stendhal y a longé ses rives, de Bordeaux à Agen, d'Agen à Toulouse, qu'il a poussé son exploration jusque vers les Pyrénées basques du côté de l'Atlantique et, du côté de la Méditerranée, vers Marseille et Toulon... Néanmoins, il est intéressant de comparer les descriptions qu'il a faites de certains paysages, urbains autant que ruraux, avec l'état présent de ces lieux.

Il constate, entre autres, qu'il a de la difficulté à comprendre les accents du pays, à Toulouse par exemple. Aujourd'hui, nous avons eu plaisir à écouter l'accent occitan des gens du pays, autant qu'ils en ont eu à écouter le nôtre. Les conversations avaient tendance à se prolonger, très agréablement. Nous nous en donnions mutuellement le temps. Mais le seul endroit où nous avons entendu quelques mots d'Occitan, c'est dans le métro de Toulouse, où on annonce les noms des prochaines stations en Français et en Occitan.

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* Michel Onfray, Théorie du voyage, Poétique de la géographie, Librairie générale française, Livre de Poche (4417), 2007
** Stendhal, Voyage dans le midi de la France, Réédition par François Bourin Éditeur, 2010